Chers frères et sœurs, l’Évangile de ce dimanche nous fait rejoindre Jésus au désert. Mais il y a une chose étonnante. Avant d’être confronté au démon, Jésus a dû patienter quarante jours dans le jeûne et la prière. Quelle est la signification de ces quarante jours d’attente ? En fait Jésus qui vient de recevoir le baptême de Jean Baptiste et d’être comblé par la déclaration d’amour du Père, entre dans un nouvel abaissement, un abaissement intérieur. En effet, au désert Jésus ne s’est pas seulement privé de nourriture ce qui fragilise, Il est entré dans une solitude profonde. Mais, pour Lui, c’est un grand bonheur que de vivre ce désert intérieur. Il est avec le Père et il est tout entier occupé aux affaires de son Père. Par son séjour au désert, Jésus nous rejoint dans l’épreuve que nous supportons si mal, de la solitude, de la fragilité, du manque, de l’impuissance, afin que nous puissions aussi nous la vivre comme un bonheur, parce que nous la vivrons avec lui. Le carême est donc l’occasion de nous réconcilier avec cette part de solitude, de désert, de manque, qui nous habite et à laquelle nous sommes tentés d’échapper par des distractions, par de la consommation, par des addictions. Le combat de foi que nous avons à mener pour demeurer au désert dans la prière avec Jésus, nous ne le menons pas d’abord pour nous-mêmes, mais, unis à toute l’Eglise, nous l’affrontons pour le monde. Au désert, avec Jésus, nous rejoignons les malades, les prisonniers, les personnes seules. C’est un combat capital car quand l’homme ne trouve pas Dieu, il ne peut supporter de rester seul avec lui-même. Il se trouve face à un vide qu’il ne sait comment combler. Cela explique l’explosion de la consommation de drogues, de médicaments, d’alcool que connaissent nos sociétés qui veulent faire disparaître Dieu. Démunies devant la souffrance de la perte du sens de la vie elles n’ont plus que le suicide et l’euthanasie à nous proposer. Cela explique pourquoi tant de nos contemporains sont tentés par les religions orientales puisqu’elles proposent de supprimer la souffrance en éteignant le désir de bonheur qui nous habite. C’est donc en communion avec nos contemporains et pour eux que nous entrons au désert avec Jésus ! Au désert, Jésus vient pour connaître la tentation et la repousser. Lorsque l’on est éprouvé, le démon s’approche et nous propose une première tentation, celle de nous prendre pour Dieu. Il dit à Jésus de changer les pierres en pain, puisqu’il est le Fils de Dieu. Si on cède à la tentation d’agir comme si on était Dieu, on entre alors dans ce que le pape Léon XIV appelle le délire de toute puissance car on agit alors en contradiction avec notre raison et on se livre à notre ennemi. Les nazis qui obéissaient aveuglément à Hitler, les terroristes qui se transforment en bombe humaine pour tuer, sont une illustration effrayante de ce que cherche à faire le démon quand il dit « si tu es le fils de Dieu ! ». Jésus qui affronte cette tentation EST le Fils de Dieu mais il n’a pas le désir de supplanter son Père. Aussi Il repousse la tentation en indiquant que sa nourriture est d’abord d’écouter le Père, de faire la volonté du Père. Frères et sœurs, sommes-nous persuadés que seule la volonté du Père peut nous conduire au bonheur et à la sainteté qui est la véritable perfection humaine ? Ou sommes-nous encore perméables au mensonge du serpent qui nous susurre que suivre Dieu ce serait renoncer au bonheur ? (C’est ce que nous avons entendu dans la première lecture, tirée du livre de la Genèse) Dans une deuxième tentation le démon tord les Ecritures pour inviter Jésus à changer de chemin. Jésus est venu rassembler les hommes. Mais il sait que cela passe par la croix. L’homme se laisse facilement tenter de croire que le progrès des sciences, l’intelligence artificielle, les robots humanoïdes, les manipulations génétiques apporteront le salut et feront de la terre (ou de la planète Mars) un paradis et qu’en conséquences le travail, la peine, la patience ne sont plus nécessaires. Déjà des jeunes arrêtent de faire l’effort d’étudier, de mémoriser, de rédiger puisque Chatgpt fait tout à notre place et beaucoup mieux que nous. Jésus repousse cette tentation à l’aide des Ecritures : « Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu. » Cela signifie qu’il faut choisir entre la confiance en Dieu et la confiance en nous-mêmes. L’antidote face à cette tentation c’est le Sacré Cœur de Jésus qui nous invite à lui dire inlassablement : « Cœur de Jésus j’ai confiance en toi ». Enfin, en une troisième tentation le démon se dévoile et Jésus l’appelle par son nom : Satan. Derrière la culture de mort, derrière les tentations de nous sauver sans Dieu, il y a un être empli d’orgueil et de haine envers le Créateur qui prétend dominer le monde. Il se sait condamné et voudrait pouvoir emporter en enfer le monde avec lui et ainsi triompher de Dieu en es vengeant sur sa création. Aussi l’enjeu du combat spirituel c’est toute la création, visible et invisible. Face à Satan il n’y a qu’une seule réponse : l’adoration du Dieu unique. La plus grande peur du démon, sa terreur, c’est que les chrétiens se remettent à adorer Dieu car cela le précipite en enfer. Jésus est le parfait adorateur du Père. Il est donc invincible ! Il nous donne la victoire en faisant de nous des adorateurs en esprit et en vérité. Demandons à Dieu en ce début de carême de nous réjouir d’entrer au désert, de le vivre comme un bonheur. Rechoisissons d’aimer la volonté du Père et demandons la grâce de la fidélité à l’adoration. Souvenons-nous que de notre détermination et de notre générosité dépendent le salut et le bonheur de beaucoup d’âmes. Amen !