Chers frères et sœurs, dans l’évangile d’aujourd’hui Jésus nous propose un mot d’ordre qu’en langage de marin on traduirait par : « gardez le cap ! » Ceux qui font du bateau le savent, sur la mer on avance rarement en ligne droite car le vent change, les courants marins aussi et il y a les obstacles qu’il faut éviter. C’est pour cela que le souci de celui est à la barre c’est de garder le cap. Et le cap que propose Jésus, le cap qui, dit-il, permet à Dieu de se manifester dans notre vie, ce sont ses commandements. Mais pourquoi Jésus nous demande-t-il le garder ses commandements, et non pas de garder le commandement qui est son testament spirituel ? Ce commandement si simple et si consensuel : **« aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés »** ? Parce que, pour Jésus, si l’on veut vivre ce commandement il faut garder dans notre cœur chacune des paroles qu’il a dites et chercher à mettre en pratique celle qui convient à notre situation. Prenons un exemple ! Notre frère nous a demandé un service et nous l’attendons pour lui rendre ce service. Malheureusement il est en retard et il se peut que nous ayons d’autres choses à faire, ce qui nous cause de l’embarras, et peut-être aussi un zeste d’impatience. Dans cette situation, comment mettre en pratique le commandement de nous aimer les uns les autres ? Si nous prions l’Esprit Saint Celui qui nous est envoyé comme Conseiller, si nous lui demandons comment Jésus agirait, il va faire remonter à notre mémoire une Parole de Jésus, qu’à cet instant nous n’avons peut-être pas trop envie d’entendre : **si quelqu’un te réquisitionne pour faire mille pas, fais-en deux mille avec lui.** Cela signifie : si quelqu’un te demande une demi-heure de ton temps, prépare ton cœur à lui donner une heure ! Et si cela fait dix fois que cette personne arrive en retard, un autre commandement de Jésus s’éclairera dans notre cœur : **pardonner à son frère 70 fois 7 fois.** Evidemment, pour reprendre une expression biblique, cela ne fait pas plaisirs à notre chair d’excuser par avance celui qui en plus de nous demander un service, nous fait attendre. Cela ne nous est pas naturel de ne pas penser à tout ce que nous avons encore à faire, mais de chercher à l’accueillir avec le sourire quand il arrivera. Ce n’est pas non plus spontanée de renoncer à interpréter ce retard comme un manque de respect, comme une offense personnelle. Saint Paul appelle cela crucifier la chair et ses passions, afin que ce soit le Christ qui vive en nous. Une chair crucifiée n’est pas morte mais elle est immobilisée, elle ne peut pas agir. C’est le rôle de l’Esprit Saint de nous donner la force et la paix pour vivre les commandements de Jésus : **si quelqu’un te réquisitionne pour faire mille pas, fais-en deux mille avec lui. Pardonne 70 fois 7 fois.** Je vous propose, pour approfondir cet exemple d’écouter les objections de la chair, qui même crucifiée, s’agite par des pensées qui vont essayer de nous distraire de garder les commandements de Jésus. La toute première objection c’est celle du temps perdu, c’est-à-dire de la perte d’efficacité, de la perte de performance. C’est vrai que notre temps est précieux mais mettre en pratique la Parole de Jésus c’est lui montrer notre amour, c’est passer du plan de l’efficacité au plan de la charité. Si nous restons au plan de l’efficacité nous vivons dans une tension permanente, dans l’agitation, dans la frustration, dans la tristesse. Chaque fois que nous passons au plan de la charité nous semons en notre cœur des graines de communion, de paix, de joie. Or depuis notre baptême nous sommes consacrés à Dieu en vue d’une mission : témoigner de son amour. Le Père compte sur nous. Le temps qui nous est donné, nous est donné pour aimer et pas seulement pour faire. Paradoxalement quand on met la priorité à la charité, quand on se laisse conduire par la charité, et que l’on compte sur l’Esprit Saint, c’est-à-dire que l’on prie, on est - à terme - plus efficace que si on s’était fixé uniquement sur la recherche de l’efficacité. Regardez la vie des saints ! Jésus dit qu’il va se manifester à celui qui garde ses commandements. Qu’est-ce à dire ? Nous portons tous en nous une image de Dieu bien limitée et imparfaite. Chaque fois que Jésus se manifeste à nous, cette image se dilate, s’éclaire, se purifie. Il nous devient plus facile de le prier et surtout de l’aimer. C’est donc une promesse très importante que nous fait Jésus quand il nous dit : « je me manifesterai à lui. » Car c’est un cercle vertueux qu’il nous propose. Saint Jean de la Croix aimait à dire qu’on reçoit de Dieu à la mesure de ce que l’on espère. Je ne sais pas si vous aimez les histoires de princesse et de prince mais on raconte que Kate Midelton a changé son projet d’étude universitaire pour étudier là où allait étudier le prince Williams et comme elle était une année en avance sur lui au plan scolaire, elle est allée vivre une année en Italie pour entrer en même temps que lui à l’université. Je ne sais pas si cette histoire est vraie mais elle montre en quoi consiste l’espérance quand il s’agit d’amour. Kate était déterminée à gagner le cœur de son prince, elle ne doutait pas qu’il finirait par s’ouvrir à son amour. Et son espérance a été récompensée. Nous avons vis-à-vis de Jésus un avantage énorme, nous savons qu’il nous aime et qu’il nous a dit que si nous gardions ses commandements, il se révèlerait à nous, que le Père viendrait à nous et qu’il nous enverrait l’Esprit Saint afin de nous conduire. Comment hésiter alors à essayer de garder ses commandements. Le petit pas que nous pouvons faire cette semaine pour vivre cet évangile sera d’invoquer l’Esprit Saint quand nous nous trouverons devant une difficulté pour aimer, pour pardonner, pour servir, pour supporter. Nous lui dirons : _« Seigneur Esprit Saint, Toi qui habites en mon cœur, toi qui es une source d’eau vive, montre-moi quel commandement de Jésus tu m’invites à vivre dans cette situation et donne-moi la force de le mettre en pratique. Amen !_