Chers frères et sœurs, dans l’Évangile que nous venons d’entendre Jésus pose deux conditions pour être digne de lui, c’est-à-dire digne d’être son disciple. La première c’est de l’aimer plus que son père, sa mère, son fils ou sa fille. Pourquoi ? Pourquoi les parents doivent-ils apprendre à leurs enfants d’aimer Jésus plus qu’eux ? Parce que Jésus nous a aimés bien davantage que toute personne sur terre. Si j’aime mon père plus que Jésus cela signifie que je n’ai pas encore découvert combien Jésus m’aime ou bien que je l’aie oublié. Les apôtres à qui Jésus s’adresse ont tous laissé leur famille pour suivre Jésus. Ils ont tous préféré Jésus à leurs proches. Alors pourquoi le Christ leur donne-t-il cet avertissement à eux ? Parce que dans le domaine de l’amour, le plus grand danger c’est de s’habituer à être aimé par l’autre et de ne plus ressentir le besoin de s’en émerveiller. Or on n’aura jamais fini de découvrir à quel point Jésus nous a aimés et nous aime. Rien que si on pense à tout ce qu’il a préparé pour nous dans le ciel. Si on ne prend pas le temps de méditer sa Parole pour découvrir qui Il est, on oubliera son visage. Si on ne prend pas des moments d’intimité avec Lui, pour lui parler cœur à cœur, alors peu à peu Jésus nous deviendra lointain, étranger. Si on ne cherche pas à vivre intensément l’eucharistie et les sacrements pour le rencontrer et nous unir à lui, alors de savoir que « Jésus a donné sa vie pour moi sur la croix ! » ne me fera ni chaud ni froid. Vous savez qu’il y a eu un terrible tremblement de terre au Vénézuéla ces jours-ci et sous les décombres une maman a perdu la vie pour préserver celle de sa fille, petit bébé. Et son papa qui est un footballeur connu lui a promis : « Je lui raconterai comment tu l’as sauvée », c’est-à-dire je lui dirai qu’elle a une maman qui l’a aimé jusqu’à donner sa vie pour elle. Faire mémoire de l’amour reçu et donné est essentiel. On peut avoir vécu une grande histoire d’amour, avoir aimé passionnément puis vivre côte à côte comme des étrangers ou même se séparer. Alors comment grandir dans l’émerveillement de ce que Dieu a fait pour nous afin de l’aimer toujours davantage ? Cela va peut-être vous étonner mais la réponse tient en un seul mot : le mot liturgie. Je ne suis pas certain que tous les baptisés sachent de quoi il s’agit, quand on parle de liturgie. La liturgie c’est Jésus ressuscité qui rassemble sa famille, son peuple, pour prier et adorer le Père. La liturgie c’est Jésus qui se donne à nous par sa Parole, par son pardon, par la grâce du baptême, par le pain et le vin consacré, par l’amour fraternel. Tout au long de l’année, la liturgie déploie, étape par étape, le mystère du Christ, et nous donne la force de l’Esprit pour l’incarner dans notre vie quotidienne, pour revêtir le Christ. La liturgie renouvelle l’intelligence du mystère de Dieu à travers son langage symbolique et par la prédication. La liturgie est véritablement la source et le sommet de la vie de l’Église. Que se passe-t-il quand on n’accorde plus à la liturgie sa vraie place dans notre vie spirituelle, quand par exemple on abandonne la pratique dominicale ? Pour prendre une comparaison on est comme un jardinier qui chaque semaine va dans un magasin et se voit remplir les poches de toutes sortes de semences. Pendant la semaine, au fur et à mesure des besoins de son jardin, il trouve dans ses poches des graines pour faire pousser des fleurs, pour avoir des poireaux, des potirons tout l’hiver. S’il espace ses visites au magasin, sa réserve de graines dans ses poches s’épuisera. Parfois la graine de la patience manquera, celle de la joie sera introuvable, de même que la force dans les épreuves et même la graine de la prière peuvent disparaître. Que se passe-t-il quand, au contraire, on décide de donner davantage de place à la liturgie ? Il faut le demander au jeune Carlo Acutis. Sa rencontre quotidienne avec Jésus dans l’eucharistie a fait de lui un saint à 16 ans ! Qu’est-ce qui a fait que Louis et Zélie Martin ont donné à Dieu des saints, la petite Thérèse et ses sœurs ? Leur participation à la messe quotidienne à 5h30 ou à 6h du matin qui les a conduits à une grande ferveur, un grand amour des pauvres et une confiance totale en Dieu. Jésus ajoute une deuxième condition pour être dignes de lui : porter notre croix à sa suite. C’est-à-dire avoir le souci des âmes, le souci des pécheurs, le souci de celles et ceux qui ne connaissent pas Dieu, le souci de la vie éternelle. Alors comment mettre en pratique l’évangile de ce dimanche ? Il y a un petit pas que nous pouvons faire qui est tout simple et très facile : essayer de vivre avec plus d’intensité notre participation à la liturgie. Nous pouvons certainement faire des progrès dans notre écoute des lectures, dans l’adoration du Christ présent sur l’autel, dans le respect du silence sacré qui nous a tant de fois été rappelé par les papes, dans notre façon d’accueillir Jésus quand nous communions. Le Pape François nous avait supplié : en entrant dans l’église fais le signe de la croix au bénitier, et décide de faire silence, de te recueillir afin de prendre conscience que tu vas vivre le moment le plus important de ta journée, de ta semaine, la rencontre avec ton Dieu. Enfin nous pouvons demander à la petite Thérèse d’avoir comme elle le souci des âmes et le salut des pécheurs. Amen !