Chers frères et sœurs, pourquoi Jean le Baptiste a-t-il douté que Jésus soit le Messie ? Pourtant, lorsqu’après avoir reçu le baptême, après avoir été désigné comme le Messie, Jésus était allé baptiser lui aussi les gens un peu plus loin, de plus en proclamant le même message que Jean Baptiste, celui-ci avait pris sa défense. A ceux qui lui reprochaient d’attirer les foules à lui, et de les détourner de Jean le Baptiste il avait répondu : il doit grandir, je dois diminuer. Alors pourquoi ces doutes ? Jean Baptiste avait décrit le Messie comme celui qui venait pour baptiser dans l’Esprit et le feu. Or, après avoir quitté le Jourdain, Jésus s’occupait désormais des malades, des possédés, des prostituées et des publicains. Ce n’est pas tout à fait cela faire tomber le feu sur la terre pour la purifier des pécheurs. On peut imaginer que les disciples de Jean Baptiste soient allés lui demander : « tu es sûr que c’est lui le Messie ! » Jean Baptiste aussi s’interrogeaient. Quelle était la mission de Jésus, qui était-il ? Face au doute, Jean le Baptiste a eu la bonne réaction, celle que l’on doit avoir lorsque l’on ne comprend plus ce que fait Dieu. Jean Baptiste depuis sa prison a interrogé Jésus par les disciples qu’il lui a envoyés. Et Jésus va répondre à Jean Baptiste à travers un message codé, incompréhensible pour l’occupant romain qui surveille tout cela avec attention mais déchiffrable pour Jean Baptiste. Le texte de ce message c’est « dites à Jean le Baptiste ce que vous venez de voir. » Jésus vient de faire des miracles, de guérir des sourds, des aveugles, des boiteux. Il vient de prendre soin des pauvres. Il vient donc d’accomplir la prophétie d’Isaïe que nous avons entendue en première lecture : **Alors se dessilleront les yeux des aveugles, et s’ouvriront les oreilles des sourds. Alors le boiteux bondira comme un cerf, et la bouche du muet criera de joie**. Jean Baptiste connait par cœur ce texte. D’ailleurs quand on l’interrogeait sur son identité il citait aussi Isaïe : **« Je suis la voix qui crie dans le désert ».** Si Jésus accomplit cette prophétie c’est la preuve qu’il est bien le Messie. Mais le message codé dit aussi autre chose Car le texte d’Isaïe de notre première lecture commence par : **« Voici votre Dieu Il vient lui-même et va vous sauver. »** Jésus révèle donc à Jean Baptiste, qu’Il n’est seulement homme, qu’Il est Dieu qui vient lui-même nous sauver. Imaginez la joie de Jean le Baptiste dans sa prison : avoir la confirmation que celui qu’il a baptisé, celui qui était son disciple, celui devant lequel il s’est effacé, c’est Dieu lui-même, Dieu fait homme ! Nous sommes à moins de deux semaines de Noël et désormais c’est vers Jésus que nos yeux se tournent. Malgré les apparences, qui font douter de la présence et de l’action de Dieu, cet enfant que Marie porte c’est **Dieu lui-même qui vient nous sauver.** Au moment où Jésus rencontre les disciples de Jean le Baptiste, le contexte n’est pas très bon. Jean Baptiste a été mis en prison, il va bientôt être décapité, Jésus va devoir fuir le territoire placé sur l’autorité d’Hérode et bientôt les foules vont arrêter de le suive. Puis ce sera la montée à Jérusalem. Et après la résurrection de Jésus ce sera la révolte des juifs, la prise de Jérusalem, les massacres et la destruction du temple. Apparemment les choses ne tournent donc pas positivement depuis que Jésus est venu dans le monde. Pourtant c’est bien le salut de Dieu qui est présent. C’est la promesse de notre divinisation qui est en train de s’accomplir. C’est le Royaume de Dieu qui s’approche. Les textes de ce jour ne sont-ils pas adaptés à notre situation ? N’avons-nous pas l’impression que tout est en train d’empirer ? L’ordre international mis en place après les deux premières guerres mondiales pour nous prémunir d’une troisième guerre est menacé, le progrès technique semble échapper à l’homme et se retourner contre lui et en Occident l’Eglise dont l’enseignement irriguait les cultures traverse une crise inédite. Pourtant Jésus est là et en Lui c’est Dieu qui vient nous sauver. Face à cette contradiction qui met à l’épreuve de notre espérance, la foi du charbonnier ne suffit pas toujours, surtout quand nous sommes personnellement touchés dans notre chair et scandalisés que Dieu permette certaines choses. Comme aux disciples de Jean l’évangile d’aujourd’hui nous propose de grandir dans l’espérance en nous appuyant sur les signes de l’action de Dieu. Oui encore aujourd’hui **les yeux des aveugles se dessillent,** tant de catéchumènes qui ont fait une rencontre personnelle avec le Ressuscité en témoignent, les oreilles des sourds s’ouvrent, le cri de tant de victimes d’abus est désormais entendu. Le boiteux bondit comme un cerf, comme au congrès mission où des baptisés qui étaient accablés devant l’apostasie générale retrouvent joie et énergie et redécouvrent le bonheur d’annoncer Jésus mort été ressuscité. Enfin **la bouche du muet crie de joie** comme ces fidèles qui sortent sur les places et témoignent qu’évangéliser ce n’est pas chercher à convaincre, c’est partager la joie de ce que Dieu fait dans notre vie. La question qui nous est posée par l’évangile du jour c’est : Jésus est-il Dieu oui ou non ? Est-il ton Dieu ? Est-il ton sauveur ? En ce dimanche de la joie le petit pas que je vous propose de faire c’est de regarder les signes de l’action de Dieu en nous, dans notre conjoint, dans nos enfants, dans nos proches et d’en rendre grâce à Dieu en disant : Jésus je crois que tu es le Fils de Dieu le Sauveur du monde, mon bien aimé. Jésus fortifie ma foi et fais grandir mon espérance car tu es là et tu viens ! Amen !