Chers frères et sœurs, dans la deuxième lecture que nous avons entendue saint Paul affirme aux chrétiens des communautés de Rome : l’Esprit de Dieu habite en vous, vous n’êtes pas sous l’emprise de la chair mais sous l’emprise de l’Esprit. Mais quand est-on sous l’emprise de l’Esprit de Dieu et quand est-on sous l’emprise de la chair ? Nous sommes sous l’emprise de l’Esprit quand nous cherchons sincèrement à vivre une parole de l’évangile en nous appuyant sur la grâce de Dieu. Si j’ai pris comme effort de carême la décision d’essayer d’aimer une personne qui a le don de m’énerver et que je me rends compte que je commence à mieux la comprendre, à l’accepter comme elle est, et même à la trouver sympathique alors c’est le signe que je grandis dans l’amour désintéressé, je suis sous l’emprise de l’Esprit. Par contre si je me rends compte que je ne prie pas pour cette personne, que je n’ai pas fait l’effort de la connaître, de la comprendre, si je fuis les occasions de la croiser et de lui parler ; pire, si j’ai continué à dire du mal de cette personne, je suis sous l’emprise de la chair. Sous l’emprise de la chair nous pouvons accomplir de grandes choses mais nous ne pouvons pas les accomplir par amour et de manière désintéressée. La chair, c’est-à-dire notre dynamisme naturel, ne peut pas agir gratuitement. Sous l’emprise de l’Esprit de Dieu nous grandissons dans l’humilité et l’oubli de soi. Permettez-moi d’illustrer cela par une histoire vraie. Un journaliste était venu faire un reportage sur Mère Thérésa de Calcutta. Elle était encore inconnue du grand public. Il a cherché à la rencontrer et il l’a trouvée en train de soigner un lépreux dont les chairs étaient en décomposition et dégageaient une odeur pestilentielle. En la voyant retirer les vers, des plaies de cet homme défiguré ce journaliste s’est exclamé : « ma sœur, pour un million de dollars je ne ferais pas ce que vous faites ! » Et Mère Thérésa a répondu : « moi non plus pour un million de dollars je ne le ferais pas, je le fais par amour de Jésus. » Cela voulait dire que consacrer sa vie à soigner les pauvres d’entre les pauvres serait impossible en s’appuyant sur le dynamisme de la chair. C’est seulement grâce à la prière, sous l’emprise de l’Esprit Saint, que mère Thérésa et ses sœurs pouvaient être fidèle à leur vocation. Mais cela demande d‘être uni à Jésus et quand on demandait à mère Thérésa pourquoi elle avait toujours son chapelet à la main, elle répondait : à chaque instant j’ai besoin de la grâce de Dieu, aussi j’ai toujours besoin de prier. Ce journaliste avait constaté la méchanceté et l’égoïsme des hommes au cours de ses voyages et de ses reportages. En voyant les missionnaires de la charité vivre l’évangile, l’amour désintéressé, il s’est demandé qui était ce Jésus qu’aimait mère Thérésa ? C’est ce qui l’a fait revenir vers Dieu et entrer dans l’Eglise catholique. Dans l’évangile, Jésus fait sortir son ami Lazare du tombeau mais aussitôt il demande de le délier. L’emprise de la chair ce sont des chaines autour de notre cœur qui nous empêchent d’aimer véritablement. Dans quelques minutes nous allons prier pour les catéchumènes qui recevront le baptême dans la nuit de Pâques afin que Jésus les libère des liens qui emprisonnent leur cœur. Car se préparer au baptême ce n’est pas seulement apprendre à prier, à connaître l’histoire du salut, la doctrine chrétienne, se préparer au baptême c’est apprendre à vivre sous l’emprise de l’Esprit Saint. Mais nous qui sommes baptisés nous avons parfois laissé le dynamisme de la chair prendre le contrôle d’une partie de notre cœur. C’est ce que l’on peut appeler les angles morts de notre pratique de la charité. Un automobiliste sait ce que c’est qu’un angle mort. C’est la partie de la route qu’il ne voit pas quand il regarde dans ses rétroviseurs. Les angles morts ce sont les domaines où nous ne voulons pas nous laisser remettre en question. Nous n’avons pas de haine dans notre cœur sauf pour une seule personne et une seule situation, (cette personne a fait trop de mal !) c’est un angle mort. Nous vivons dans la vérité, sauf pour une petite chose où nous mentons, où nous trichons (les impôts, les examens). Nous sommes prêts à rendre service à pratiquer la charité sauf si on nous demande cela le jour où nous devons aller au stade ou à la chasse. Nous sommes prêts à donner, à partager sauf si c’est pour aider telle ou telle personne. Les angles morts ce sont des choses que nous ne voulons pas regarder en face et demander à Jésus ce qu’il en pense. Nous avons-nous aussi besoin que Jésus dise : déliez-le ! Et c’est aux prêtres qu’il demande cela puisqu’il a dit aux apôtres : « tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel. » C’est le sacrement du pardon. En faisant sortir Lazare du tombeau Jésus nous a donné un signe qui nous montre qu’il est la résurrection et la vie éternelle. Et l’Esprit Saint qui nous est donné au baptême nous fait vivre déjà de la vie éternelle, de la vie du ciel. Le petit pas que nous pouvons faire pour mettre en pratique les lectures de ce jour d’offrir à Jésus tous les efforts que nous avons déjà fait pendant ce carême pour demeurer sous l’emprise de l’Esprit et de réfléchir à ces angles morts que nous devons présenter à Jésus pour être déliés et pouvoir vivre la fête de Pâques dans la ferveur et dans la charité. Amen !