Chers frères et sœurs, l’évangile d’aujourd’hui nous fait rejoindre Jésus assis au bord d’un puits, attendant le retour de ses disciples partis acheter de quoi manger. Et voici qu’arrive une samaritaine qui vient puiser de l’eau. Au temps de Jésus le puits est un des rares lieux où un homme qui veut rencontrer une femme, pour la connaitre, peut se rendre. Et dans la bible le puits est **le lieu symbolique de la rencontre et du mariage.** Ainsi, la rencontre entre Moïse et sa future femme Tzipora a eu lieu au point d’eau. C’est au point d’eau que Jacob rencontre Rachel, tombe amoureux d’elle et sert son père pendant 14 ans afin de pouvoir l’épouser. On comprend que quand la samaritaine entend Jésus s’adresser à elle, elle s’interroge : cet homme est-il à la recherche d’une épouse ? Mais un juif ne peut pas parler à une femme samaritaine et encore moins l’épouser. La samaritaine sait aussi que le Messie que tous attendent, juifs comme samaritains, est désigné par les prophètes comme l’Epoux d’Israël aussi elle va accepter de dialoguer avec lui et orienter la conversation vers cette question : qui est Jésus ? Quand Jésus lui affirme qu’il pourrait, lui donner de l’eau vive, la Samaritaine s’exclame : mais tu n’as rien pour puiser l’eau, **serais-tu plus grand que le patriarche Jacob qui nous a donné ce puits ?** Jacob, qui s’était laissé dépouiller des puits qu’il avait successivement creusés, et la tradition juive affirmait qu’en récompense à ce comportement, Dieu lui avait fait creuser un puits qui débouchait sur une source souterraine jaillissant au fond du puits. Le puits n’était donc pas une réserve d’eau stagnante. Il n’était pas non plus alimenté par la nappe phréatique dont le niveau était changeant. Il était alimenté par une source d’eau vive et l’eau ne manquait donc jamais. Or la tradition ajoutait, que chaque fois que Jacob s’approchait du puits, la source jaillissait plus fortement du fond du puits et le faisait déborder afin qu’il n’ait pas à puiser. La samaritaine demande donc à Jésus, s’il est plus grand que Jacob, c’est-à-dire s’il peut faire jaillir de l’eau du puits, ce qui indiquerait qu’il est le Messie. Jésus a alors un comportement qui peut nous sembler violent : il lui demande d’aller chercher son mari, alors qu’il sait qu’elle n’est pas mariée, et lui assène qu’elle a eu 5 maris ! Pourquoi ? Jésus qui pose un regarde d’amour sur cette femme, veut lui faire percevoir qu’il y a au fond d’elle, comme en chacun de nous, une soif d’être aimée et d’aimer, que seul Dieu peut combler. C’est pour cela qu’avec amour il dit une parole de vérité sur sa vie pour qu’elle réalise que toutes ces relations successives n’ont pas pu combler cette soif. On peut dire que la Samaritaine est représentative de la situation du monde d’aujourd’hui. Son malheur c’est qu’il ne connaît pas la soif profonde qui habite chacun : la soif d’adoration. Aujourd’hui tant d’hommes et de femmes sont en situation d’échec par rapport à l’amour parce qu’ils ne savent pas qu’ils sont aimés et ne savent pas où puiser l’amour afin d’aimer. Ils ne savent pas vers qui se tourner pour recevoir cette eau vive, qui adorer. Malheureusement même dans l’Eglise on a trop souvent enseigné le commandement d’aimer sans assez indiquer la nécessité de se brancher sur la source pour être capables de le pratiquer. L’adoration n’est pas une option : le Père cherche des adorateurs en esprit et en vérité, des adorateurs qui se laisseront remplir par l’Esprit d’Amour de Jésus. Car c’est l’Esprit Saint que Jésus nomme Eau vive. L’évangile d’aujourd’hui est depuis les origines de l’Eglise une catéchèse pour préparer les catéchumènes au baptême. C’est le jour où on leur demande : « qu’est-ce que tu attends du baptême ? » Bien sûr certains répondront spontanément : d’être arraché au pouvoir du mal, d’être lavé des péchés, de repartir à zéro, d’entrer dans la famille de Dieu. Tout cela est vrai et important. Mais aujourd’hui c’est une autre dimension du baptême qui est mise en valeur. Au baptême l’Esprit nous est donné afin que nous puissions devenir des adorateurs en esprit et en vérité. Puis-je rappeler une fois encore que lorsque sainte Mère Thérèsa de Calcutta a commencé à être débordée par le travail, les appels des pauvres et que ses sœurs ne savaient plus où donner de la tête, elle leur a proposé une solution qui aurait pu leur sembler contre-intuitive. Lors du chapitre de la congrégation qui réunissait les délégués de toutes les maisons elle leur a demandé qu’on ajoute une heure d’adoration du saint Sacrement au programme quotidien de prière, ce qui raccourcissait d’une heure le temps d’apostolat. Cela n’a pas effrayé les sœurs qui faisaient confiance à leur fondatrice. Cela a été adopté et mis en place et elles ont constaté un plus grand amour fraternel entre elles, une plus grande efficacité dans leur travail auprès de pauvres et un afflux extraordinaire de vocations. L’adoration quelle que soit sa forme, nous fait nous approcher du puits qu’est le cœur de Jésus et il le fait déborder afin qu’on y boive. La Samaritaine est alors allée appeler tout le village afin que chacun rencontre Jésus. Elle n’avait plus peur d’être jugée à cause de son statut matrimonial, il n’y avait plus d’urgence à ramener l’eau chez elle. Elle s’était mise à aimer Jésus et cela débordait sur les samaritains du village. Le petit pas que nous pouvons faire cette semaine pour mettre en pratique cet évangile ce sera de prendre chaque jour un instant pour arrêter nos activités, descendre dans notre cœur et dire à Jésus : **« Jésus je crois que tu es le Messie, le Sauveur, je crois à ton amour et je veux t’adorer de tout mon être. Empli moi de l’Esprit d’adoration que je puisse aimer comme toi tu aimes ! »** Amen ! _Crédit photo : Diocèse de Rennes_