Homélie du 15 Février 26 - 6ème Dimanche du TO - Année A

Chers frères et sœurs, l’évangile de ce dimanche est la suite du discours de Jésus sur les béatitudes. Le Royaume de Dieu appartient aux pauvres de cœurs, aux doux, aux artisans de paix, aux miséricordieux. Et bien sûr se pose la question « mais à partir de quand est-on pauvre de cœur, doux, artisan de paix, miséricordieux ? » Les contemporains de Jésus étaient tentés de lui demander : faut-il être juste comme un pharisien pour entrer dans le Royaume de Dieu ? A l’époque les pharisiens étaient considérés comme le modèle indépassable de la fidélité religieuse et de la piété ? Un peu comme les habitants de Lourdes demandaient à Bernadette au début des apparitions : « tu vois une belle dame, tu insistes tellement sur sa beauté, serait-elle aussi belle que Madame Latapie » qui était considérée comme l’expression de la beauté féminine locale ? Bien sûr la réponse de Bernadette avait choqué : « Oh ! non… elle est bien plus belle que ça ! » Ici aussi, Jésus a choqué en répondant : « Oh ! non, être juste comme un pharisien ne suffira jamais pour entrer dans le Royaume de Dieu ! » Et pourtant les pharisiens renonçaient à beaucoup de choses afin de pratiquer les préceptes de la Loi divine. Toute leur vie était organisée pour y être fidèle. Comment faire davantage qu’eux en matière de prière, d’aumône, de jeune ? Jésus va le faire comprendre en partant des dix commandements. Tout d’abord le commandement qui peut sembler facile à comprendre et à mettre en pratique : tu ne tueras pas. Quand peut-on considérer que l’on est juste par rapport à l’interdiction de tuer, c’est-à-dire que l’on fait ce que Dieu a demandé ? L’interprétation des anciens dit Jésus c’est que l’on doit juger et punir quelqu’un qui a provoqué la mort. Obéir à ce commandement ce serait seulement ne pas tuer physiquement. Mais l’être humain n’est pas seulement une réalité physique, biologique. L’être humain est un être de relation. On le voit aujourd’hui à travers les dégâts que peuvent faire les réseaux sociaux : on peut provoquer la mort sociale de quelqu’un en s’en prenant à lui verbalement. Et la mort sociale conduit souvent à la mort physique. On en a un terrible exemple à travers le suicide d’adolescents victimes d’harcèlement en classe et sur internet. Pour entrer dans le Royaume de Dieu il faut renoncer non seulement à tuer physiquement, mais à se mettre en colère, à insulter, à traiter de fou car ce faisant, on s’attaque à la personne et pas seulement à ce qu’elle a fait ou non. Voilà la définition de la béatitude du doux : ne jamais confondre les actes posés par mon frère, avec sa personne. Quoiqu’ait pu faire, mon frère, ma sœur, ils gardent leur dignité d’être humain et ont aux yeux du Père le prix que Jésus a payé pour eux : le sang de son Fils mort pour chacun d’eux. Jésus a appelé Judas son ami à Gethsémani. Mais est-ce possible d’être doux quand on a un caractère sanguin ou simplement quand on est sensible ? C’est possible avec la grâce de Dieu car un des fruits de l’Esprit Saint c’est la maîtrise de soi. Si nous ne pouvions compter que sur nos forces naturelles, le combat serait perdu d’avance. Mais si la grâce de Dieu nous est offerte abondamment, si nous pouvons la puiser dans la prière, les sacrements, alors le commandement de Jésus devient un défi enthousiasment. Regardez ce que sont devenus les saints qui avaient des caractères difficiles ! Saint Maximilien Kolbe qui était tellement insupportable quand il était enfant qu’un jour sa maman lui a dit avec beaucoup de douleur : « mais qu’est-ce qu’on va faire de toi ? » Saint Maximilien Kolbe s’est tourné vers la Vierge Marie et par la force de la prière il a été totalement transformé. Pensons à Charles de Foucault qui avait ouvertement mené une vie immorale au point de faire scandale et d’être exclu de l’armée où il était officier, qui retrouve la foi et le bonheur d’aimer Dieu en se confessant et en communiant. Il est devenu un modèle d’ascétisme et de charité. Pensons à saint François de Sales, prêt à provoquer en duel toute personne qui titillerait sa susceptibilité et devient un modèle de douceur et de bonté au point de convertir saint Vincent de Paul par une simple rencontre. Jésus affronte ensuite l’interdit de l’adultère. Pour tous à l’époque c’est clair : les relations conjugales sont réservées au mariage. Mais cela suffit-il de ne pas commettre l’acte pour être juste aux yeux de Dieu ?. Au chapitre 13 du livre de Daniel deux anciens qui avaient été choisis comme juges à cause de leur apparente sagesse avaient cherché à s’unir à Suzanne qu’ils avaient épiée dans son jardin et avaient cherché à la faire condamner parce qu’elle s’était refusée à eux. Le livre montre que c’est la convoitise née du regard sur la beauté de Suzanne qui les avait conduits à ce crime. C’est pourquoi Jésus affirme que pour entrer dans le royaume de Dieu il faut que la convoitise soit déracinée de notre cœur. Aujourd’hui le combat est phénoménal à cause de la facilité que nous pouvons avoir et qu’ont nos jeunes et nos enfants à visionner sur internet de la pornographie et jusqu’au pire du pire. Ils ne sont plus seulement exposés à des images du nudité mais à des expressions perverties de la sexualité. Reprendre le contrôle de nos yeux et du désir de notre cœur semble hors d’atteinte. Pourtant des adultes et des jeunes témoignent qu’ils ont été libérés d’une addiction à la pornographie avec l’aide de l’intercession de Carlo Acutis le « geek de Dieu » qui voulait se servir d’internet pour annoncer le Christ mais était aussi conscient des dangers. Quand un coach sportif lance un défi à son élève, c’est une marque de confiance. Quand Jésus nous montre jusqu’où doit aller la pauvreté de cœur, la douceur, la pureté du disciple il indique ce que sa grâce est capable de réaliser en nous si nous apprenons à nous appuyer sur Lui. Mais cela suppose un travail sur nous-mêmes et une stratégie. Il faut nous être plus que les pharisiens mais comme eux il nous faut organiser notre vie afin de pouvoir mener ce travail. Le petit pas que nous pouvons faire pour mettre en pratique la parole de Jésus, en préparation à l’entrée en carême sera de nous demander ce qui nous conduit à nous mette en colère, à convoiter, à dire des paroles ambiguës et à réfléchir sur ce qu’il faudrait changer dans notre vie afin de grandir dans l’esprit des béatitudes. Amen !

Powered by: OClocher