Chers frères et sœurs, dans l’évangile d’aujourd’hui Jésus déclare à ses disciples : « vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde ! » Je suppose que cela a dû les rendre fiers mais aussitôt il leur fait prendre conscience de leur responsabilité en leur lançant un sévère avertissement : Le sel peut perdre sa saveur et la lampe doit se laisser placer sur le lampadaire afin d’être utile. Le sel dans l’antiquité était une denrée précieuse au point que les légionnaires recevaient un salaire, c’est-à-dire une certaine quantité de sel. Mais le sel sans saveur, le sel qui n’a plus que les apparences du sel a une valeur nulle au point qu’il est jeté sur le sol et piétiné par les gens. Alors qu’est-ce qui donne du sel au disciple ? C’est son lien, son attachement, son intimité avec le Maître. Comment perd-t-on notre sel ? En n’ayant plus de temps gratuit auprès de lui. Dès la création Dieu avait établi une règle : travailler 6 jours et réserver une journée pour avoir du temps pour Dieu. Cette règle est inscrite en nous. Pour être gardiens de la création Adam et Eve ne pouvaient travailler 7 jours sur 7 ce qui est l’idéal des agités, ni se reposer 7 jours sur 7 ce qui est l’ambition de certains sur les réseaux sociaux qui essaient de nous faire croire que leur vie serait une vie au paradis comme avant la chute. Consacrer du temps à Dieu n’est pas un luxe, ni un devoir, c’est une nécessité vitale comme le sont la nécessité de respirer ou de manger. La preuve en est que même quand on dit je n’ai plus le temps de respirer, rassurez-vous, on fait en sorte de respirer et quand dans l’évangile les apôtres se plaignent de ne même plus avoir le temps de manger, rassurez-vous, ils mangeaient quand même. Le pape Léon XIV quitte Rome chaque lundi soir pour sa résidence de Castel Gondolfo où il reste 24 heures. Sa priorité n’est pas de répondre aux multiples sollicitations de sa charge immense. Il est à la tête d’un milliard quatre cent millions de catholiques. Sa priorité c’est de fortifier le contact intérieur avec Celui au nom duquel il agit : le Christ. Le pape François vivait aussi ces temps d’intimité avec le Christ mais en s’isolant à sainte Marthe car il n’avait pas le même âge, la même santé ni les mêmes besoins. C’est donc crucial de prendre conscience que quelle que soit l’importance des tâches que nous avons à assumer, il nous faut savoir nous en extraire pour que ce que nous faisons serve le Royaume et ne soit pas poussière jetée sur le sol et piétinée par les hommes. En plus d’être du sel, nous sommes de la lumière dit Jésus. Il y a un disciple à qui cet enseignement était particulièrement destiné : Nicodème. Nicodème était vraiment disciple de Jésus. Avec beaucoup d’humilité, il venait auprès de lui apprendre ce qui concernait le Royaume de Dieu. Mais il venait de nuit, car Nicodème entretenait une illusion : il pensait être plus utile à Jésus en restant un disciple caché. Vous imaginez, il était membre du sanhédrin, cela veut dire qu’il était au cœur du pouvoir religieux à Jérusalem. Il avait une excellente réputation. C’était un sage et un maitre on attendait ses conseils. Aussi il se pensait être à même de mieux influencer les chefs des prêtres, les pharisiens, les sadducéens en gardant cachée son identité de disciple. Malheureusement pour lui, Nicodème a fait l’expérience de son impuissance totale au pire moment qui soit. Après son arrestation Jésus a été présenté devant le Sanhédrin où siégeait Nicodème. Interrogé par le grand prêtre, Jésus a reconnu qu’il était le Messie. A l’instant tous l’ont déclaré passible de mort. Il n’y a pas eu de temps de délibération où Nicodème aurait pu intervenir. Jésus a été immédiatement et unanimement condamné. Alors Nicodème a compris qu’une lampe ne peut rester sous le boisseau et c’est au moment le plus dangereux pour lui qu’il s’est mis à briller aux yeux des hommes, en allant réclamer le corps de Jésus à Pilate. Par cette démarche il se désolidarisait de ceux qui avaient demandé la mort de Jésus en croix ; en donnant une sépulture à un supplicié, il montrait qu’il croyait à son innocence et qu’il attendait la résurrection des morts et le jugement de Dieu. Alors pour reprendre les mots de Jésus, devant tous il faisait le bien car c’est un commandement divin que de donner une sépulture au juste persécuté. Faire briller notre lumière aux yeux des hommes ce n’est pas seulement faire le bien mais le faire au nom de notre foi en Jésus. Cacher cette motivation, cacher la source du désir de charité qui nous habite c’est refuser de rendre gloire à Dieu, c’est nous attribuer le mérite de nos bonnes actions. C’est priver ceux vers qui nous sommes envoyés de la lumière de la foi. L’évêque qui prêchait la retraite aux prêtres du diocèse cette année disait qu’après le Concile Vatican II, on a confondu l’invitation à être présent au monde à celle de l’enfouissement. On a tellement intériorisé les soupçons qu’on nous portait de triomphalisme qu’on a même été jusqu’à promouvoir une théologie de l’enfouissement qui était suicidaire pour l’Eglise. Ce temps est passé. Les jeunes qui viennent frapper à nos portes parce qu’ils veulent entendre le message de Jésus Christ et recevoir sa grâce désirent que nous soyons du sel, que nous brillions aux yeux des hommes. Car ils aspirent à devenir eux aussi du sel et la lumière du monde que les ténèbres envahissent. Aussi le petit pas que nous pouvons faire pour mettre en pratique cette Parole de Jésus c’est de nous demander : que vais-je faire pendant le carême qui commencera dans quelques jours, pour avoir des temps gratuits pour Dieu, pour renouveler mon intimité avec lui, avec sa Parole, avec les pauvres ? De quel groupe, fraternité, cellule d’évangélisation, vais-je m’approcher afin d’être encouragé à faire briller la lumière de ma foi aux yeux des hommes ? Un chrétien qui reste seul est un chrétien en danger. Amen !