Homélie du dimanche 25 janvier 2025 - « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. »

Chers frères et sœurs, dans l’évangile que nous venons d’entendre Jésus quitte Nazareth et commence son ministère itinérant en Galilée. C’est un peu étonnant qu’il ne parte pas s’installer à Jérusalem là où se trouvent les écoles rabbiniques les plus prestigieuses pour aller dans un territoire de mauvaise réputation. Saint Matthieu en donne la raison Jésus accomplit la prophétie d’Isaïe que nous avons entendue en première lecture : la lumière du salut devait commencer à apparaître en Galilée. Et ce choix de Dieu signifiait que désormais ce n’était plus le peuple d’Israël qui aurait à monter à Jérusalem pour y rencontrer Dieu dans le temple mais c’est Dieu lui-même qui viendrait à sa rencontre en le visitant dans chacun des villages de Galilée. Si l’Eglise aujourd’hui, comme au temps des apôtres, est appelée à aller annoncer le Règne de Dieu aux périphéries c’est que, depuis la venue de Jésus, Dieu veut aller à la rencontre de ceux qui ne le connaissent pas. C’est pourquoi la prédication de Jésus : « convertissez-vous, le Royaume de Dieu est proche ! » qui était déjà celle de Jean le Baptiste prend un sens nouveau. Il ne s’agit pas seulement de renoncer au mal, à l’idolâtrie, pour pratiquer le bien, il s’agit d’accueillir Dieu lui-même qui vient à notre rencontre. Notre Pape Léon aime rappeler qu’il est fils de saint Augustin. La vie de ce père de l’Eglise, qui a vécu aux quatrième et cinquième siècle de notre ère, illustre bien la conversion dont il s’agit. Pendant toute sa jeunesse Augustin a en quelque sorte cherché le Royaume de Dieu puisqu’il était en quête de la Vérité. Il l’a cherchée dans plusieurs écoles de philosophie, sans la trouver. Il voulait aussi renoncer au péché mais a fait l’expérience que par ses propres forces il en était incapable. Le Royaume de Dieu, c’est-à-dire ce à quoi aspirait profondément son cœur, lui restait fermé. Jusqu’au jour où le Christ s’est manifesté à lui et cela a tout changé. La bible qui lui semblait un livre obscur mal écrit et sans intérêt devenait une Parole vivante qui l’éclairait et le nourrissait. La chasteté qui s’avérait pour lui un idéal inatteignable devenait possible et désirable. Mais surtout, Dieu qu’il cherchait à l’extérieur de lui-même sans le trouver, il le découvrait présent en lui et pouvait ainsi s’entretenir avec lui et l’adorer. Voilà la conversion à laquelle appelle Jésus. Comme pour Augustin elle est un cadeau mais pour le recevoir il nous appartient de réveiller notre désir de le connaître, de l’accueillir, de le rencontrer. Il faut se disposer à le rencontrer. Certains font des études de théologie dans l’espoir de vivre cette rencontre, mais ce n’est pas un savoir académique qui nous fera entrer dans le Royaume de Dieu. D’autres, à l’image des pharisiens s’imaginent qu’il suffirait de faire preuve de volonté pour devenir saints. Mais sans la grâce de Dieu, nous ne pouvons pas aimer comme lui aime. Por vivre cette rencontre il faut se reconnaître pauvre et pécheur. Comme saint augustin il peut nous sembler que le chemin de la conversion soit barré par des montagnes impossibles à déplacer. Comment prendre du temps pour chercher Dieu alors qu’on est incapable de quitter même une heure, voire un quart d’heure, notre bien aimé smartphone ? Comment chercher à rencontrer le Christ dans mes frères et dans les pauvres alors que mes temps de loisirs sont déjà totalement occupés par le sport ? Comment rencontrer Dieu dans l’abandon à sa Providence alors que je suis insatiable au plan matériel et insécurisé si je n’ai pas davantage ? Ces montagnes peuvent devenir de petits cailloux si nous faisons la rencontre avec celui qui est mort pour nous sur la croix. Ce qui nous est demandé dans cet évangile c’est de croire que Dieu vient à nous, qu’Il nous cherche et qu’il n’attend de nous que de la bonne volonté : écouter le désir caché au fond de notre cœur et faire le petit pas qui nous est possible aujourd’hui. Mais cette rencontre initiale avec le Christ ne suffit pas. Quand le Christ est devenu pour nous quelqu’un de vivant que l’on aime, si on veut grandir dans l’amitié avec lui on ne peut pas rester seul, on doit d’une manière ou d’une autre rejoindre une fraternité, d’autres baptisés qui aspirent à ouvrir de plus en plus leur cœur, leur couple, leur famille, leur vie, au Christ. En effet, la flamme qui a été allumée dans notre cœur a besoin de se rapprocher d’autres brindilles enflammées pour tenir face au vent de l’esprit du monde et embraser les buches qui représentent les univers dans lesquels nous vivons. Nous pouvons transformer nos milieux de vie mais pour cela il faut allumer le feu en nous rassemblant pour prier et partager la Parole de Dieu. Le petit pas que nous sommes invités à faire pour mettre en pratique la parole de Jésus : « convertissez-vous, le Royaume de Dieu est proche ! » c’est de nous demander : ai-je fait une rencontre personnelle du Christ ? Est-il mon ami ? Si ce n’est pas le cas il faut comme le demandait le Pape François dans la joie de l’évangile à prendre la décision de se laisser rencontrer par lui, de le chercher chaque jour sans cesse. Et s’il est déjà notre ami le petit pas qu’il nous faut faire c’est de vérifier que nous sommes bien reliés à une quelques frères et sœurs avec qui nous prions et partageons. Si ce n’est pas le cas nous pouvons nous demander : de quel groupe puis je me rapprocher afin que mon désir d’aimer Dieu grandisse ? Est-ce que je vais rejoindre le MCR qui se réunit chaque mois et organise des pèlerinages et des retraites ? Est-ce que je vais m’inscrire au parcours venez et voyez ? Est-ce que je vais proposer à des voisins de réciter ensemble le chapelet ou rejoindre ceux qui le récitent chaque semaine dans l’église ? Est-ce que nous allons relancer la prière en famille ? Est-ce que je vais rejoindre une fraternité de la Parole ou en créer une ? Est-ce que je vais m’inscrire à une retraite et prendre pour cela quelques jours de vacances afin de demander à Dieu la grâce de vivre une rencontre personnelle avec le Christ comme l’a vécue saint Augustin ? Une chose devrait nous motiver. Demandons-nous que ce serait-il passé si saint Augustin n’avait pas persévéré dans son désir de connaître la vérité, de rencontrer le Christ, l’Eglise aurait été privée non seulement d’un grand saint mais aussi de tout un fleuve de grâces que le Seigneur a pu répandre à travers lui. Le salut de beaucoup de personnes dépend de la manière dont nous chacun de nous répondra à l’appel que Jésus nous fait aujourd’hui : « convertissez-vous, le Royaume de Dieu est proche ! » Amen !

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