Chers frères et sœurs, dans l’évangile que nous venons d’entendre Jésus envoie un aveugle se laver à la fontaine de Siloé et celui-ci revient guéri de sa cécité. C’est la description symbolique de ce que les catéchumènes vont vivre dans la nuit de Pâques. Ils vont être lavés de leurs péchés et, plongés dans la mort et la résurrection de Jésus, ils vont recevoir l’Esprit Saint qui leur renouvellera ce don merveilleux de la lumière de la foi grâce à laquelle on voit Jésus ressuscité présent au milieu de nous et en notre cœur, dans sa Parole, dans les sacrements, dans leurs frères et sœurs et dans la personne qui souffre. Mais avant d’envoyer l’aveugle se laver, Jésus a posé un acte étonnant : il a fabriqué de la boue avec sa salive et en a enduit ses yeux. En fait Jésus a mimé le récit de la création d’Adam et Eve du livre de la Genèse où il est dit que Dieu les a modelés avec de la poussière du sol. Cela nous a été rappelé le mercredi des cendres, si le célébrant a utilisé la formule « souviens-toi que tu es poussières et que tu retourneras en poussières. » En faisant de la boue Jésus signifie que le baptême est une nouvelle création. Saint Paul d’ailleurs aime développer ce thème et il parle de l’homme nouveau qui se renouvelle sous le souffle de l’Esprit Saint quand l’homme ancien tombe en ruines. Aujourd’hui vieillir est un tabou. On nous enjoint de rester jeune. Mais pour un chrétien, ce tomber en ruines est une bonne nouvelle puisqu’il nous rapproche du jour de la résurrection et qu’il est accompagné du renouvellement de la vie divine en nous. C’est le sens de notre parcours de carême : consentir à expérimenter par le jeûne et la pénitence, la fragilité de notre vie naturelle et supplier le Seigneur de nous faire revenir à Lui pour croître dans la charité. Les autorités religieuses de l’époque, que saint Jean appelle les juifs, refusent de reconnaître le miracle car il montre la divinité de Jésus. A cause des conséquences que cela aurait pour leur vie, ils refusent a priori de croire en lui, aussi ces autorités cherchent à détruire le témoignage de l’aveugle guéri. Tout d’abord en niant l’évidence. Pour cela ils essaient de corrompre les parents qui refusent de mentir : cet homme est bien notre fils et il est né aveugle et désormais il voit affirment-ils. En agissant ainsi ils rendent déjà témoignage au Christ car ils résistent au mensonge. Aujourd’hui la pression que le monde fait peser sur les consciences est inouïe. Elle arrive par exemple à couvrir la voix des soignants qui devant la proposition de légalisation de l’euthanasie, du suicide assisté, de l’avortement, crient : donner la mort n’est pas un soin. Désormais affirmer ce qui est factuellement évident, et vrai au plan moral, pourra être passible de prison. Cela a pour conséquence que demander le baptême, vouloir vivre en chrétiens, expose à des persécutions alors même qu’on n’aura pas encore parlé de Jésus, simplement parce que vivre en chrétien c’est adhérer aux 10 commandements et vouloir vivre dans la vérité. De plus, en recevant le don de la foi notre intelligence est purifiée de la boue qui l’aveugle et notre raison peut alors discerner avec plus de facilité ce qui est vrai et ce qui est mensonge. Nous avons aussi le devoir d’en témoigner, d’être la lumière du monde exposé sur le chandelier et non pas cachée sous le boisseau dit Jésus. Cela peut couter cher. Cela suppose donc d’être prêt à payer le prix de la fidélité à la Vérité et à la voix de notre conscience. Prions pour celles et ceux qui, comme les soignants en ce moment, y sont confrontés. Pour les plus anciens d’entre nous c’était la situation de nos soldats découvrant la torture généralisée, soi-disant justifiée par le terrorisme. C’est la situation d’un entrepreneur quand il doit agir dans un milieu où règne la corruption. C’est la situation de l’étudiant quand il peut tricher grâce à chatgpt ou autre AI. Nous avons peut-être vécu dans l’illusion de pouvoir témoigner et vivre notre foi sans véritable opposition, s’imaginant notre société devenue chrétienne après tant de siècles d’évangélisation. Le dialogue entre l’aveugle guéri et les juifs montre que ce n’est pas par des arguments que les incrédules peuvent être convaincus. Ne pouvant arriver à tordre les faits à cause du témoignage des parents qui confirment que la personne guérie est bien leur fils et non un sosie, les autorités religieuses font pression sur l’aveugle guéri. Et celui-ci va le payer au prix fort : il va être exclus de la synagogue, il va être coupé de sa communauté, du soutien matériel, affectif, social, spirituel dont il bénéficiait. Il devra suivre Jésus et rejoindre la nouvelle communauté, celle des disciples missionnaires. Cela montre l’importance de constituer des communautés chrétiennes fraternelles où l’on peut véritablement compter sur nos frères et sœurs face aux pressions et aux persécutions. Seul Dieu peut ouvrir les yeux d’un aveugle de naissance par sa propre autorité. En posant cet acte, Jésus se manifeste donc non seulement comme le Messie mais comme le Fils de Dieu. Cela ne suffit pas à convaincre ceux qui librement refusent de croire en lui. Seul le témoignage de la charité peut toucher les cœurs endurcis et les ouvrir à la foi. C’est la raison pour laquelle Jésus est allé jusqu’à offrir sa vie sur la croix et c’est aussi la raison pour laquelle il nous a promis le centuple de ce que nous aurions quitté pour lui… avec des persécutions, c’est-à-dire avec l’occasion de témoigner de notre charité. Le petit pas que nous pouvons faire pour nous laisser, nous aussi guérir de notre cécité sera de dire à Jésus : **« envoie-moi ton Esprit Saint qu’Il me montre ces domaines de ma vie où je pense comme pense le monde et participe ainsi au mensonge de l’esprit du temps. Donne-moi d’être renouvelé dans mon intelligence et dans mon lien à la communauté chrétienne. Ouvre les yeux de mon cœur que je demeure en dialogue avec toi ! »** Amen !