Homélie du 31 Mai 2026 -Dimanche de la Sainte Trinité

Chers frères et sœurs, pourquoi célèbre-t-on la Sainte Trinité une semaine après la Pentecôte ? Parce que l’Esprit Saint nous est donné afin que nous découvrions que la Sainte Trinité, depuis notre baptême, est notre nouvelle famille, notre famille éternelle. Ce Don en effet, nous met en relation personnelle, vivante, avec Jésus ressuscité. Il nous fait connaître à travers Jésus, le Père, et il se révèle comme une Personne divine qui est à nos côtés, qui verse l’amour en notre cœur. L’Esprit Saint vient nous plonger dans la Sainte Trinité, notre famille pour l’éternité. Il y a quelques jours, un jeune au collège exprimait publiquement son désir, et sa décision, de demander le baptême. Il n’a reçu aucune formation chrétienne mais il est attiré par Jésus et par Dieu. Ce n’est pas une morale qui le séduit, ce n’est pas le besoin d’une identité qui le pousse à demander ce sacrement, c’est un appel intérieur qui étonne ses proches, ses parents, ses amis. C’est l’œuvre de l’Esprit de Dieu en son cœur. Et la joie dont il rayonnait à l’idée de se préparer au baptême nous rappelle que nous sommes faits pour la vie mystique, c’est-à-dire pour l’union à Dieu dans l’amour et dans la vérité. Comme l’exprime cette phrase très connue de saint Augustin et si souvent citée : « Tu nous as fait pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu'il ne demeure en toi ». Pour entrer dans la Trinité il faut d’abord connaître le Dieu Un, le Dieu d’Abraham, le Dieu de nos pères dans la foi. Dans la première lecture, Moïse fait une expérience inattendue : Dieu se livre à lui, en lui donnant son nom. Il lui dévoile son intimité : « LE SEIGNEUR, », c’est-à-dire Celui qui est vraiment Dieu, est tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité. » Disant qui Il est, Dieu révèle son point faible. La faiblesse de Dieu, c’est qu’il nous aime. Alors Moïse va avoir l’audace de demander à Dieu de demeurer avec le Peuple ; que Dieu marche avec lui. Saint Paul dans l’épitre aux Corinthiens que nous avons entendue en deuxième lecture nous fait pressentir que c’est le désir de Dieu. Voici ce qu’il dit : soyez dans la joie, soyez d’accord entre vous, _et le Dieu d’amour et de paix sera avec vous._ Si nous décidons de nous aimer les uns les autres, Dieu marchera avec nous, demeurera avec nous. Il y a un saint qui a pris cela au sérieux et c’est aussi celui qui a le plus marqué la vie spirituelle du Pape Léon XIV : Laurent de la résurrection. À 18 ans, bien qu’il ait déjà fait une expérience de Dieu, Laurent s’est engagé comme soldat du duc de Lorraine et a fait la guerre. Mais il est grièvement blessé. Alors, voulant changer de vie, il entre chez les carmes comme frère convers, c’est-à-dire pour assumer au sein du couvent les tâches matérielles. Entre les multiples activités à la cuisine, l’intendance, la fabrication de sandales, on pourrait penser que Laurent mène une vie si active qu’il lui reste peu de temps pour la prière. Mais Laurent sait que Dieu marche avec lui, qu’il vit en lui. Aussi il va porter son attention à faire toute chose en en présence de Dieu, en se tournant vers lui par la foi et en lui parlant continuellement. Et le résultat est étonnant. Le Pape dit avec humour que _Dieu l’a piégé car il était entré au monastère pour se sacrifier et expier durement les péchés de sa jeunesse, mais qu’il y a trouvé au contraire une vie pleine de joie._ Et le Pape d’expliquer ce qui est certainement aussi son expérience personnelle : _À mesure que la présence de Dieu devient peu à peu familière et occupe notre espace intérieur, la joie d'être avec Lui grandit, les grâces et les richesses spirituelles fleurissent, et même les tâches quotidiennes deviennent faciles et légères._ Dans l’évangile Jésus nous propose d’entrer dans le mouvement trinitaire par la foi. La première étape consiste à croire en Jésus puis à découvrir progressivement qu’il est l’envoyé du Père et enfin qu’il manifeste sur la croix le « trop grand amour du Père pour nous ». Si nous accueillons l’Esprit Saint et si nous nous laissons conduire par Lui, alors nous devenons véritablement fils et filles de Dieu par la foi. Pour vivre ce mystère de la Sainte Trinité, l’Église nous propose un symbole qui résume tout et nous fait plonger en Dieu : le signe de croix. Un jeune qui entrait pour la première fois dans une église me demandait : « est-ce que j’ai le droit de faire le signe que je vous vois faire ? » Alors je pensais à cet homme russe dont le métier était de traduire les écrits des philosophes athées. Il se demandait qui est ce Dieu dont ces philosophes niaient l’existence ? Il ne savait pas ce que signifiait le mot Dieu. Il a décidé d’entrer dans une église mais chez les orthodoxes ce n’est possible que pendant les offices. Il s’est joint aux fidèles et a vu qu’en entrant les personnes plongeaient la main dans le bénitier, et se signaient. Pour ne pas se faire remarquer il a fait comme tout le monde. Mais en faisant le signe de croix, il a été saisi par Dieu, comme Moïse sur le Sinaï, il a connu Dieu et a reçu le don de la foi. Il est aujourd’hui prêtre orthodoxe et théologien. Nous aussi nous pouvons être plongés dans le mystère de Dieu en faisant ce beau geste lentement et en invoquant de tout notre cœur, le Père, le Fils et le Saint Esprit. Comme le Pape Léon XIV nous pouvons aussi désirer imiter saint Laurent de la Résurrection et au cœur de nos activités, par un acte de foi, diriger notre attention vers notre cœur là où Dieu réside afin de l’adorer, de lui parler, de le regarder, de l’aimer. Amen !

Powered by: OClocher