Chers frères et sœurs, quel est le sens de la fête que nous célébrons aujourd’hui, la fête Dieu ? Pourquoi ajouter une fête supplémentaire à et pourquoi ces processions dans la rue avec le Saint Sacrement ? N’est-ce pas le jeudi saint que nous faisons mémoire de cet instant unique où le Christ a institué l’eucharistie, c’est-à-dire nous a donné son Corps et son Sang en nourriture afin que grandisse en nous la vie divine, afin que nous puissions devenir Dieu ? Bien sûr mais il fallait proclamer qu’à travers le don de l’Eucharistie, Jésus ressuscité demeure présent avec nous et qu’on peut le rencontrer, s’unir à Lui dans l’adoration eucharistique. Pour illustrer le désir de Dieu de nous rencontrer dans l’eucharistie je vous propose deux témoignages parmi une multitude d’autres. Tout d’abord celui d’un jeune malien qui avait donné son témoignage à un rassemblement CAP dans notre diocèse. Venu en France avec ses parents, il habitait une banlieue parisienne. Déraciné, il vivait très difficilement son adolescence. Voici ce qu’il dit : _J’avais une haine que je déversais gratuitement sur les autres. Je me bagarrais beaucoup, je frappais les gens gratuitement. Celui qui était différent de moi, je le voyais comme un ennemi. J’avais la réputation d’être celui qui donnait des coups de boule. Je commençais toujours comme cela, en me battant, car souvent j’avais une violence incontrôlable que je déversais sur l’autre._ Un été ses parents musulmans l’envoient en camp à Lourdes. Intrigué par les jeunes catholiques qui se levaient la nuit pour se relayer à la chapelle devant le Saint Sacrement exposé, il décide de les imiter en cachette. Il se rend donc à la chapelle la nuit. Mais voici qu’au bout de quelques minutes de silence il fait l’expérience de l’amour de Dieu pour lui. Voici ce qu’il raconte : _« une chaleur m’envahit. Une boule se forme dans ma poitrine, monte, et mes larmes se mettent à couler. Doucement sans bruit je ne suis plus qu’une masse de paix. Comme un torrent coule en moi. Quelque chose en moi murmure : « Ladji laisse-toi faire, laisse-toi aimer ! » Ce murmure se prolonge, me parle au cœur : « d’accord, tu as fait du mal, mais tu es un être aimable, tu es capable d’être aimé ! Moi, je veux te faire découvrir qui tu es, ta richesse, ta beauté. »_ Jésus présent dans le tabernacle l’attendait pour le rencontrer et lui dire son Amour. Ladji a alors commencé à cheminer vers le baptême malgré la réticence de l’aumônier qui savait ce que cela signifiait pour les parents musulmans. Aujourd’hui il est un artiste reconnu qui témoigne de sa foi. Laurence Bohec a elle aussi rencontré l’amour de Dieu qui nous est donné dans l’eucharistie. Issue d'une famille de culture catholique, mais où la pratique religieuse était quasiment absente avec le sourire elle emploie l’expression : _"Nous étions même plutôt des bouffeurs de curés"._ Étudiante, elle fréquente une aumônerie, mais pour elle, Jésus, Bouddha et la Vierge Marie se situent sur un même plan spirituel. Peu à peu, elle s'intéresse au New Age, aux énergies et au Reiki. À cette époque, elle rencontre aussi beaucoup de difficultés dans sa vie personnelle. _"J'ai eu un divorce fracassant et une vie assez dissolue. Quand je regarde cette période, j’ai l’impression d’être la Samaritaine près du puits", raconte-t-elle. "Mais un jour, Jésus arrive dans votre vie et il change tout."_ En 2009, un entretien avec une mère abbesse la bouleverse profondément. Un an plus tard, elle retourne à l'abbaye. _"Au moment de l’Eucharistie, raconte-t-elle, j'ai vraiment senti Jésus qui me prenait dans les bras. À partir de ce moment-là, j'ai senti l'amour de Jésus"._ _"J'ai une formation universitaire, je suis cartésienne. Mais cette expérience m'a complètement bouleversée et j’ai pleuré pendant la moitié du trajet du retour. C'est ainsi qu'a commencé mon chemin de conversion."_ Comme beaucoup de convertis, elle découvre ensuite un chemin jalonné de joies et de combats. Saint Carlo Acutis, encore enfant, avait découvert ce secret : Jésus nous attend dans le tabernacle pour nous dire son amour. Il nous attend dans l’eucharistie pour se donner à nous. Il disait : la messe est l’autoroute vers le ciel. Quand nous venons adorer Jésus dans le Saint Sacrement, que ce soit lorsqu’il est exposé dans l’ostensoir ou simplement présent au tabernacle, Jésus nous dit à nous aussi en silence : _« laisse-toi faire, laisse-toi aimer ! »_ Et cela guérit notre cœur profond. Car dans l’eucharistie c’est le soleil de justice qui fait rayonner sa lumière sur nous et nous entendons : « d’accord, tu as fait du mal, mais tu es un être aimable, tu es capable d’être aimé ! Moi, je veux te faire découvrir qui tu es, ta richesse, ta beauté ! » Alors, comme Ladji, nous recevons la force de demander le pardon de Dieu dans le sacrement de la réconciliation qui renouvelle la grâce de notre baptême. Et nous entendons l’appel de Dieu à le suivre et à l’annoncer. Nous savons que la promesse est réalisée : je serai toujours avec toi. Je serai avec toi dans ton cœur et cette présence s’approfondira à d’eucharistie en eucharistie. Je serai avec toi dans ma Parole pour éclairer ton chemin. Je serai avec toi dans le Don de mon Esprit et ma prière habitera en toi. Je serai avec toi dans les personnes vers qui je t’envoie, dans les pauvres, les petits, les malades. Je serais avec toi le jour où tu quitteras ce monde pour entrer dans le Royaume. Aujourd’hui, à travers la solennité du Corps et du Sang de Jésus Dieu nous lance un appel. Viens faire l’expérience d’aller t’exposer longuement au soleil de l’eucharistie. Quand on s’expose au soleil il faut du temps avant de voir le bronzage apparaître. Cela ne nous décourage pas car on sait qu’avec une bonne protection solaire et de la patience, l’effet est garanti. Il en est de même lorsqu’on s’expose au Soleil de justice, comme dit l’Ecriture. Notre protection solaire à nous, c’est une protection contre le découragement. Elle consiste à de poser l’acte de foi de dire à Jésus : _« Jésus je crois que tu es présent dans l’eucharistie, je crois que tu m’aimes et qu’à cause de cela tu m’attends. Même si je n’ai pas beaucoup de belles pensées à t’offrir, ni un bouquet de bons sentiments à déposer devant ton autel, je t’offre ce temps, il est à toi, il est pour toi-même si je sais que mon âme en ressentira les bienfaits car ton amour est un baume pour les blessures de mon cœur, une lumière pour mon intelligence et une force pour devenir ton disciple. »_ Amen !