Chers frères et sœurs, chers jeunes qui allaient faire votre profession de foi, l’Évangile que nous propose la liturgie de ce dimanche est tout à fait adapté à l’événement de votre profession de foi. En effet il raconte l’appel des 12 apôtres et leur envoi immédiat en mission. Or dans quelques minutes vous allez, vous aussi, entendre l’appel de votre nom et vous allez répondre : me voici. En affirmant aujourd’hui que vous voulez assumer, en votre nom propre, l’engagement qu’ont pris pour vous vos parents, en répondant « me voici » vous nous rappellerez que le baptême est une vocation. Le petit échange que j’ai eu avec vous il y a une semaine m’a beaucoup touché parce lorsque chacun d’entre vous m’a dit pourquoi il faisait sa profession de foi, j’ai entendu dans vos réponses les deux caractéristiques d’un apôtre. Dans l’Évangile Jésus appelle des apôtres pour deux choses, pour qu’ils soient avec lui et pour les envoyer. Ainsi vous m’avez exprimé le désir d’être plus proches de Dieu, de le connaître mieux afin de l’aimer. Mais d’une manière ou d’une autre c’est aussi pour le servir, pour faire de votre vie quelque chose d’utile aux autres que vous répondez : « me voici ! ». Et cela rejoint ce que nous dit le nouveau testament puisqu’il y a plusieurs récits d’appel des apôtres qui apparemment ne coïncident pas, parce que justement, l’un met l’accent sur l’appel pour être avec Jésus alors que l’évangéliste Matthieu nous affirme que les apôtres sont appelés pour aussitôt être envoyés. Il faut donc comprendre que ces deux dimensions sont indissociables. Alors approfondissons un peu ce que nous dit saint Matthieu. Selon lui ce qui suscite cet appel et cet envoi, ce qui est à l’origine de tout c’est un regard. Jésus voit s’approcher des foules de pauvres, de malades, de possédés qui viennent chercher secours auprès de lui. Mais ce qu’il voit par-delà les maladies, les souffrances psychiques, la pauvreté, c’est la détresse des âmes. Il est intérieurement bouleversé car il discerne la misère la plus grave : ces foules sont désemparées, abattues, accablées car elles n’ont pas de berger. C’est comme si ces foules lui révélaient pourquoi il s’est fait homme : pour devenir le Berger, de toutes les foules qui viendront à Lui. Il est la réponse à la détresse des âmes. Il est le bon berger, celui qui va donner sa vie pour ses brebis, les rassembler, prendre soin d’elles, les arracher au pouvoir du mal et les mener dans le royaume de Dieu. Mais pour que toutes les brebis du troupeau puissent être rejointes et conduites vers lui, il a besoin non pas de personnes qui acceptent de faire quelque chose pour Dieu mais de disciples qui partagent son regard de berger, qui voient ce que Jésus voit. Vous avez donc raison, chers jeunes, de vous engager afin d’être plus proches de lui et de pouvoir vous approprier son regard plein de compassion et de miséricorde. Le monde vous proposera le regard des influenceurs qui chercheront à vous fasciner par la richesse, le pouvoir, le plaisir, oubliant que nous ne sommes que de passage sur cette terre et que nous avons une âme qui est une réalité splendide inouïe. En vous approchant de Jésus vous échapperez à la tyrannie du monde qui nous dicte ce que nous devons être, ce que nous devons adorer et vous pourrez voir avec le regard de la foi ce qui échappe aux sages et aux savants, pour connaître ce que vous êtes vraiment au regard de Jésus : des enfants bien aimés du Père appelés à la vie éternelle. Face aux foules Jésus a une réaction apparemment dérisoire : il appelle et envoie douze hommes. Aux yeux du monde c’est du n’importe quoi ! Lancer sur les routes de Galilée douze disciples sans formation rabbinique, sans argent, sans réseau de relation, est-ce que cela peut répondre à l’attente de l’humanité toute entière. De même certains s’étonneront peut-être que vous fassiez votre profession de foi, un peu comme si cela était passé de mode, qu’il fallait tourner la page du christianisme, de la pratique religieuse, de la prière ou tout au moins réserver cela à la sphère de l’intime et ne pas l’afficher. Pourtant avec deux mille ans de recul, si on est honnête, on est bien obligé de reconnaître, comme l’a rappelé Léon XIV à Madrid, que l’envoi de ces 12 apôtres est l’origine d’une transformation du monde qui se poursuit de nos jours. Le secret c’est que lorsque Jésus envoie ses disciples il demeure avec eux et par la puissance de son Esprit il agit avec eux. En envoyant ses disciples, Jésus leur donne une feuille de route, des consignes à suivre. Arrêtons-nous seulement sur la première d’entre elles : prier pour que le Père envoi des ouvriers pour la moisson. Pourquoi est-ce que ce sont ceux qui sont envoyés qui doivent prier ? Pourquoi ne demande-t-il pas cela à ceux qui restent avec lui ? Parce que Jésus veut que l’on demande des choses précises à Dieu. Et ceux qui sont envoyés voient les besoins de la mission. Ils peuvent alors demander : Père Envoie nous quelqu’un qui ait le charisme pour les jeunes ! Envoie-nous quelqu’un qui soit un homme de Dieu et nous transmette l’art de la prière ! Envoie-nous des couples remplis de ta sagesse qui pourront se mettre au service des familles ! Envoie-nous des artistes pleins d’Esprit Saint qui feront resplendir la beauté du Royaume à travers des pièces de théâtre, des compositions musicales, de la danse ! Envoie-nous des jeunes prêts à donner toute leur vie pour l’évangélisation ! Envoie-nous des personnes emplis de ta Parole qui pourront l’enseigner à nos enfants, à nos jeunes, aux adultes ! Envoie-nous des intercesseur qui se tiendront sur la brèche dans la prière pour repousser les forces de ténèbres ! Chers frères et sœurs, chers jeunes n’ayons pas peur car Jésus est avec nous jusqu’à la fin des temps et confions à Marie notre désir de répondre à l’appel de Jésus. Avec elle intensifions notre prière pour que le Père envoie des ouvriers dans sa moisson et fasse de nous des disciples missionnaires. Amen !